Quand authentique rime avec touristique…

Aujourd’hui, de plus en plus de voyageurs cherchent à sortir des sentiers battus du tourisme classique. La quête de l’authenticité s’inscrit actuellement comme une tendance lourde de la demande touristique. Dotée de multiples interprétations selon que l’on se place du point de vue du voyageur ou du voyagiste mais sans définition précise en matière de tourisme, que cache-t-on réellement derrière ce terme ? Marion Zira

Touriste stressé recherche vacances « vraies »…

Cette quête récente de l’authenticité d’une destination semble refléter un besoin du touriste urbain occidental d’échapper au stress de sa vie quotidienne. Ses choix en matière de consommation touristique sont désormais motivés par la recherche de la différence, de la nouveauté et de l’évasion. La volonté de rupture avec sa vie quotidienne va se traduire par un dépassement des pratiques du tourisme classique qui consistent à suivre des circuits immuables et à survoler des sites fréquentés presque exclusivement par les touristes. Pour cela, le voyageur affiche un désir de vivre des expériences qu’il va qualifier de « vraies », c’est-à-dire des expériences qui représentent réellement les lieux visités, ce qui se passe dans la « vraie vie » si l’on peut dire.

L’interprétation de ce qu’est réellement l’authenticité d’une destination ou d’une expérience relève exclusivement du ressenti personnel. Sa signification va donc varier d’un visiteur à l’autre. Toutefois, dans son acception globale, l’authenticité en matière de tourisme est conforme au sens général du terme. N’importe quel dictionnaire de la langue française nous dira qu’est authentique ce qui exprime « une vérité profonde et non des habitudes superficielles ».

Il existe donc aujourd’hui un segment de clientèle qui désire aller au-delà de l’uniformisation de l’offre touristique globale et recherche ce que l’on pourrait appeler l’effet « Wow ! ». Ce « Wow ! » passe par :

–          La simplicité avec des offres simples pour être crédibles,

–          L’éthique avec un tourisme basé sur la participation à la communauté d’accueil et sur le développement durable,

–          L’humain avec des expériences orientées vers les gens et des contacts avec les populations locales,

–          Le naturel avec une immersion en milieu naturel et éloigné.

Et les territoires dans tout ça ?

Les territoires ont parfaitement compris que les attentes « authentiques » des nouveaux touristes passent par tout ce qui représentera l’expression identitaire d’une population, tout ce qui gravite autour des coutumes et des traditions et tout ce qui permet d’offrir une vitrine sur sa culture, son patrimoine, son histoire… en bref, tout ce qui va modeler l’identité d’une destination et en faire sa typicité, l’idée étant de contrer la standardisation qui découle du tourisme de masse.

L’identité locale apparaît donc comme une valeur ajoutée, un plus qualité pour une expérience. Toutefois, qu’il soit global ou local, le tourisme n’en reste pas moins une mise en scène de la culture. En effet, que l’on se place à l’échelle d’un pays, d’une région ou même d’une commune, chaque territoire à sa propre histoire et sa propre culture qu’il va mettre en scène pour le bénéfice du plus grand nombre. C’est ce qui va constituer la richesse de la destination.

Or, il arrive que cette représentation ne reflète en rien la réalité de la vie locale. Prenons un exemple. Viviane Hamon a étudié cette quête d’authenticité en matière de tourisme. Dans un de ses articles, elle présente un village de Haute Provence et sa production de lavande.  L’industrie actuelle de lavande dans la région est entièrement motorisée pourtant l’imagerie touristique affiche des hommes et des femmes en costume provençal taillant la lavande avec une faucille. La fête de la lavande à Valensole est d’ailleurs l’occasion de ressortir les vieux alambics et le matériel d’antan qui ne sont actuellement plus du tout utilisés. Pire ! Elle a même pu observer un groupe de touristes qui a demandé à visiter une distillerie en fonctionnement en plein mois de novembre. Il ne fait donc aucun doute dans le cas présent, que l’authenticité recherchée par les touristes ne reflète en rien l’activité réelle des agriculteurs de la région, elle ne respecte d’ailleurs même pas le cycle des saisons !

En bref ?

L’authenticité est donc un concept extrêmement flou qui prend la forme qu’on lui donne. L’authenticité d’une destination évoque-t-elle le folklore d’une population ? Doit-elle se vivre en milieux naturels et éloignés ? Dans ce cas, peut-on vivre des expériences authentiques en milieux urbains ? Il semblerait que l’authenticité en matière de tourisme suscite plus de questions qu’elle n’apporte réellement de réponses aux nouvelles attentes touristiques.

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